Un film d’Alexandre Bustillo et Julien Maury (2007) avec Alysson Paradis, Béatrice Dalle et Nicolas Duvauchelle.
Il y a beaucoup de choses à dire d’À l’intérieur, c’est déjà ça, mais pour être honnête, je l’ai vu il y a déjà un petit moment et cette chronique inachevée date un peu elle-même et je n’ai pas très envie de m’y replonger. Ce qui suit est donc incomplet, je vous le livre tel quel. Qui sait, je l’étofferai peut-être un jour, à l’occasion d’un second visionnage (et je pourrais même peut-être changer d’avis, hein, qui sait ?).
Voilà, ça me gêne un peu de parler de ce film. Parce que le cinéma de genre est rare en France, qu’il faut le défendre, patin-couffin. Et que ça va m’être dur que de défendre À l’intérieur. Parce que je ne l’ai pas aimé, ni trouvé bon (c’est même pour ça que je ne l’aime pas). Et que je n’ai pas envie de tomber dans le travers du "ah oui mais c’est bien pour un film français", même si, par certains côtés, ça compte : c’est bien que l’on puisse voir un long-métrage français aussi gore et sanglant, mais faut pas pousser plus loin.
Même si l’on peut apprécier un certain dynamitage formel, il est dommage que ça ne fonctionne pas. C’est vrai qu’il était audacieux de faire un court-métrage d’une heure et vingt minutes, mais qu’est-ce que c’est long ! Surtout pour un scénario qui semble étiré au possible et qui ne tient pas la route. Les réactions des personnages ne paraissent pas crédibles et le timing de ce qui se passe claudique. Sur ce dernier point, j’hésite entre un montage hasardeux, une écriture malingre ou une volonté de grapiller du temps et d’allonger la bobine. Ou ce n’est rien de tout ça et l’isolation sonore des escaliers entre le rez-de-chaussée et l’étage est proprement impressionnante et il est impossible d’entendre ce qu’il se passe à l’étage depuis le rez-de-chaussée et vice-versa.
Le contexte politico-social ressemble plus à un prétexte qu’à autre chose. Les gars, la prochaine fois, si vous voulez glisser un message politique dans un de vos films, ne vous cassez pas, un plan avec un zombie qui pousse un caddie, vous verrez, ça a beaucoup plus d’impact et c’est toujours marrant.
C’est tout, c’est un peu lapidaire, mais débrouillez-vous avec ça.
The Host (Gwoemul), film Sud-Coréen de Joon-ho Bong de 2006.
Je vais faire court : je ne savais pas grand chose de ce film si ce n’était sa nationalité, que c’est un film d’horreur avec un énorme monstre sorti des eaux. J’en avais aussi lu et entendu que du bien et à mon tour, j’en conseille le visionnage. Ce n’est peut-être pas un grand film universel, on reste dans le cinéma de genre, mais c’est un film malin et intelligent, drôle et critique, émouvant (enfin, moi j’ai été ému) avec de vrais moments de tension. Il n’est pas parfait, mais son originalité comble quelques défauts minimes. Par exemple, il y a des plans de la créature où les effets spéciaux ne sont pas excellents, mais on s’en fout. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas ce qui compte ou disons pas tant que ça. C’est riche et généreux par bien d’autres aspects pour ne pas s’en formaliser.
Maintenant une illustration de l’habileté scénaristique : le tout début du film, clichesque au possible, libère le reste du long-métrage de scènes d’hypothèses et de justifications sur la genèse de la créature toujours ou bien trop souvent lourdes et barbantes. Et c’est fait dans les règles de l’art, on n’y voit sans problème le clin d’oeil au genre avec la pointe d’humour et le décalage nécessaires et c’est vraiment utilisé de façon enthousiasmante.
J’avais dit faire court, donc pour finir : la tension du film est présente et fonctionne parce que le réalisateur et les scénaristes ont su nous prouver dès le début qu’ils sont prêts à tout et à n’importe quoi, et dans le bon sens du terme. Du coup, en cassant ce qui sont de vilaines habitudes chez tant d’autres, d’un récit calibré, linéaire et finalement attendu, le spectateur reste sur ses gardes et se demande vraiment ce qu’il se prépare à voir.
Bref, un divertissement de qualité, que je ressens aussi comme une oeuvre personnelle et qui offre même un message à ceux qui, comme moi, apprécient également de trouver un discours social ou politique dans les films de genre entre deux cadrages loufoques et quelques tripes à l’air.
Wilderness est film de Michael J. Basset (2006) avec notamment Stephen Wight et Toby Kebbel.
Je ne vais pas révéler tout le scénario de ce thriller "horrifique" mais il s’agit d’une bande de délinquants britanniques qui sont envoyés sur une île déserte britannique en guise de punition, avec tout de même un garde-chiourme. Mais l’île n’est pas si déserte que ça et là, c’est le drame.
Bon, ça se regarde, le scénario n’est pas trop mal sans être d’une folle originalité et malgré quelques lourdeurs. Toby Kebbel a une bonne gueule mais ne m’a pas toujours convaincu, Steve Wight en nazillon fait du bon boulot mais tous les acteurs ne sont pas fabuleux ou n’ont pas été bien dirigés. Pour le genre (horrifique, je le rappelle), il reste sacrément dommage que les scènes de meurtres (bah oui, il y a des meurtres) soient systématiquement mal mises en scène et mal réalisées, gâchées (sauf une peut-être) et bien que certains les trouvent génialement gores, ça n’a pas été mon cas. Sur le papier ou ne serait-ce qu’à imaginer, ces morts sont assez crades et dérangeantes mais à l’image, bof. Ou je suis un vieux blasé (et encore, je pense que l’un n’empêche pas l’autre).
De toute façon, la réalisation est assez plate mais ce sont ces scènes là qui en pâtissent le plus.
Toujours à propos de ces mêmes scènes, je trouve étranges certains "effets" qui à mon sens n’ont pas leur place dans un film qui a tout pour être le plus réaliste possible et aurait dû l’être. Un exemple pour étayer le propos : je ne pense pas que je prendrais le temps d’être surpris qu’il me manque une moitié de main si dans le même temps je me faisais éviscérer. Oui, c’est un détail, mais ça compte. Ou est-ce un effet comique malvenu et raté, un clin d’oeil au genre, malvenu et raté, je ne sais pas.
Il vaut mieux oublier de prêter attention à la musique passablement mauvaise de Mark Thomas et au sound design pas brillant non plus.
Ça reste donc un film moyen, mais pas ennuyeux non plus, sauvé par les relations entre ses personnages et une certaine simplicité, une absence de prétention. Ça mérite d’être vu une fois mais sans doute pas de figurer dans sa dévédéthèque.
Et une petite chose encore : c’est toujours un plaisir d’écouter des britanniques s’exprimer avec un accent infernal (c’est peut-être même ce qui fait le plus peur dans Wilderness).
Heartbreak Ridge (1986), plus connu en France sous le titre du Maître de guerre, est un film de et avec Clint Eastwood que j’ai vu un certain nombre de fois et qu’il ne doit pas vraiment être la peine de présenter. C’est encore un film que j’ai découvert gamin, à l’époque où, pour Alexandre [1] et moi, un tel film, avec de l’action, plein de gros mots, d’argot et de répliques "coups de poing", était le summum de la coolitude.
Il fallait, mardi soir, que je me change les idées, vraiment, et en ce moment le cinéma remplit assez bien cette fonction sur ma petite personne. Je n’avais aucune idée de quoi regarder, aucune inclinaison particulière, avant de tomber sur une bande-annonce de la Relève avec Charlie Sheen et Clint. Et encore une fois, Clint est apparu comme l’homme de la situation, il faut dire qu’il le porte un peu sur sa gueule et qu’il est coutumier du fait selon ses rôles les plus populaires.
C’était décidé, c’est Clint qu’il me fallait pour oublier un instant les vicissitudes de la vie. Malgré sa longue carrière, il n’est pas énormément représenté dans notre dévédéthèque et le choix s’est porté sur... Heartbreak Ridge, forcément, sinon je n’en parlerais pas ici. Le choix tranquille de la valeur sûre ayant déjà fait ses preuves.
Et à nouveau, j’ai pris du plaisir à le regarder et si j’en connais bon nombre de répliques par coeur, enfin, dans sa version française, ça m’a fait tout drôle de le voir en VO, ça ne devait être que la deuxième fois. J’avoue d’ailleurs que ça parle tellement vite et souvent avec un langage assez particulier, un accent pas possible, que sans les sous-titres j’aurais été véritablement paumé. Bon, et puis j’étais fatigué, hein. Quoiqu’il en soit, il y a un vrai travail sur l’écriture des dialogues, dont le trait est peut-être un peu forcé pour le côté comédie, mais qui fonctionne véritablement bien.
Tiens, je me rends compte que je suis incapable de parler de la réalisation de ce film. Je ne dois pas parvenir à y être attentif, pris par l’histoire, les dialogues, ma propre nostalgie. J’en déduis donc qu’elle ne doit pas être trop mauvaise ou ratée, parce qu’en tel cas, tout pris que l’on soit, quand ça saute aux yeux... Peut-être est-elle simplement sobre et efficace. Ceci dit, j’ai quelques images en tête, quelques plans qui sont loin d’être dégueulasses (en me relisant, je me dis aussi qu’il y en a des pas terribles, notamment pendant une scène de combat).
Le scénario de James Carabatsos ne fait pas forcément dans l’originalité mais va piocher dans différents registres avec un certain succès, en alternant entre la vie professionnelle et personnelle du sergent-tirailleur Highway qui finit par ne plus être à sa place nulle part et va se battre, au propre comme au figuré pour regagner son rang, au coeur des Marines comme dans celui de son ex-femme.
Le vrai sujet du film doit être quelque part par là d’ailleurs, mais je vous épargne une analyse qui risquerait d’être trop approximative. Highway, toujours debout, n’en est pas moins un personnage cabossé et malgré ses faits d’arme et la fierté qu’il en tire, la guerre reste un truc dégueulasse, c’est montré dès le générique et cela est sous-tendu tout au long du film, et Tom Highway ne sait faire que ça.
Bon, pourquoi tout cet habituel verbiage ? Parce qu’il me semble que le Maître de guerre est un film assez mésestimé dans la filmographie du réalisateur Eastwood, qu’il est pourtant assez fidèle à ce qu’est son univers, et qu’il mérite d’être vu ou revu. C’est divertissant et ça reste intelligent et sensible et pas mal fait. C’est donc bien mieux que quelques tonnes de bouses que l’on sait si bien nous servir et dont certains se repaissent malheureusement avec un appétit sans faille.
« Éléonore, beaucoup trop habituée à cette fatale irritation du coeur qui nous prive de tout autre sentiment, s’étonnait qu’un être si distrait, si froid, puisse supporter son immobile existence. Sa tante se levait tous les jours à la même heure, faisait sa prière à la même heure, recevait à la même heure les pieux amis qui venaient la visiter et dont l’existence était aussi monotone et apathique que la sienne. Les repas étaient réglés ; mais elle priait sans onction, mangeait sans appétit et se mettait au lit sans avoir la moindre incitation au sommeil. Sa vie était purement machinale, mais la machine était si bien montée qu’elle paraissait se rendre compte de ses mouvements et en éprouver une sorte de satisfaction.
Éléonore s’efforça vainement d’imiter cette vie de froide médiocrité. Elle voyait un être inférieur à elle sous tous les rapports, jouir d’une espèce de bonheur, tandis qu’elle-même était malheureuse et s’en étonnait. Hélas ! elle ne savait pas que ceux qui sont privés de coeur et d’imagination sont les seuls qui sachent jouir des agréments de la vie. Une indolente et froide médiocrité leur suffit dans leurs occupations comme dans leurs distractions. Le plaisir ne signifie rien d’autre pour eux que d’être exempts de souffrances véritables, et ils n’associent la douleur qu’à l’idée de maux corporels ou calamités extérieures : la source de la douleur ou du plaisir ne se trouve jamais dans leur coeur, tandis que ceux qui sentent profondément l’y cherchent rarement ailleurs. Tant pis pour eux. C’est peut-être le meilleur de la condition humaine que d’être réduit à subvenir aux nécessités de la vie et d’être satisfait lorsqu’on y parvient ; au-delà, tout n’est que rêve de démence, agonie du désespoir. Mieux vaut la sombre mélancolie d’un jour d’hiver, dont la morne tristesse sans jamais diminuer du moins ne s’accroît point et que nous contemplons d’un oeil indifférent qui craint guère les menaces futures, que la glorieuse violence d’un jour d’été où, haletants sous la pourpre et l’or du couchant, nous voyons l’est s’assombrir, les armées du ciel assembler leur tonnerre, et la foudre, peut-être, nous réduire en cendres. »
in Melmoth, Charles R. Maturin
J’aime le cinéma. Et j’ai failli l’oublier : je regardais de moins en moins de films. Et je m’y remets, doucement mais sûrement et par mes premières amours, le cinéma de genre horrifique. Je crois très sincèrement que c’est par ce là que tout a débuté. Gamin, j’avais la chance que mes parents aient eu un magnétoscope et que la maison fut suffisamment ouverte à mes petits voisins pour se transformer en vidéo-club. Je louais un film, le matin, le regardais seul, s’il me plaisait j’allais chercher Alexandre, seul garçon de mon âge dans le coin et on le regardait ensemble. Et si vraiment il en valait la peine, j’organisais une séance le soir même avec les filles. Je me souviens ainsi d’Alien II vu 3 fois dans la même journée et de la réplique de Ripley dans son robot, passée en boucle 12 fois de suite : "ne la touche pas sale pute !".
Je me souviens aussi des samedi soirs avec Karim, où il louait de quoi tenir la nuit entière. Et là la découverte de Evil Dead, Scanners, Wolfen... J’avais onze ou douze ans.
Plus tard, il a y eu la découverte des films de la Hammer, des séries B, Z, des nanards, des Troma. Et les pointures d’un autre genre, Welles, Pasolini etc la liste serait trop longue.
Pour ces raisons, et plus encore, quand je me suis renseigné sur ce qu’il était possible de regarder à la TV ce soir et que Invasion Earth : The Aliens Are Here allait commencer, j’ai zappé sans conviction avec juste un zeste de curiosité, sait-on jamais.
Et du coup, rapide critique de ce film de Robert Skotak, sorti en 1988.
Pour commencer, c’est le seul film en tant que réalisateur de Robert Skotak et on comprend aisément pourquoi à la vision de cette... oeuvre. Ceci dit, le gars est plus connu pour son travail dans les effets spéciaux (un Oscar pour Aliens, un autre pour Terminator II etc).
Le casting : on s’en fout, vous comprendrez bientôt pourquoi.
Quelques mots de l’histoire : des insectes extra-terrestres (ou l’inverse) et humanoïdes s’emparent d’un cinéma pour première étape de l’invasion de la Terre. Leur plan (n°9 évidemment), diffuser des bandes-annonces et des extraits de classiques de la science-fiction des années 50 et 60 aux spectateurs présents dans la salle pour... euh... mmm... pourquoi on ne sait pas vraiment, mais c’est avec ça (et avec une machine de leur cru) qu’ils vont dominer le monde, c’est sûr. Voilà.
Et c’est donc parti pour un peu moins d’1h30 de séquences, en noir & blanc essentiellement, de films tels que Plan 9 From Outer Space, The Thing From Another World, Invasion Of The Body Snatchers, Rodan etc, entrecoupées de scènes originales mais navrantes, stupides et laides. Et je ne vais pas m’évertuer à détailler l’horrible réalisation, le montage pourri de ces quelques scènes...
Vous comprendrez maintenant aisément pourquoi l’on se fout du casting, puisque les scènes originales représentent sans doute un peu moins de 20% de la durée totale du film et que le jeu (sic) des comédiens (re-sic) est nul et non-avenu. Après enquête, il s’avère que ce film fut la seule expérience cinématographique pour beaucoup et que la carrière de ceux qui ont insisté a souvent été bien courte.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, il semble donc que l’on puisse faire un vrai mauvais film tout en utilisant majoritairement des images d’autres films, qui, sans tous être excellents, ont tous une renommée et une certaine importance dans leur genre.
J’imagine que le point de départ de Invasion Earth était de leur rendre hommage mais c’est incroyablement raté. Je n’ose imaginer en revanche un autre point de départ à ce désastre.
Bref, ce film est une merde qui ne mérite même pas un visionnage de curiosité (je le sais mieux que vous, je l’ai fait subi).
Le seul intérêt que l’on puisse éventuellement y trouver, c’est qu’il peut servir de support à une soirée concours entre cinéphiles spécialistes pour déterminer lequel d’entre eux reconnaît le plus grand nombre de films "cités". Enfin, pas trop spécialistes non plus, ils risqueraient de s’ennuyer.
Bon, pour les trop curieux et têtus qui se diraient que ça pourrait être bien de voir ce film pour s’initier aux films de SF des années 50 et 60, voici la liste des films dont sont issus les extraits :
The Thing from Another World (1951)
The War of the Worlds (1953)
Them ! (1954)
It Came from Beneath the Sea (1955)
Invasion of the Body Snatchers (1956)
Earth vs. the Flying Saucers (1956)
It Conquered the World (1956)
The Mole People (1956)
Sora no daikaijû Radon (1956)
20 Million Miles to Earth (1957)
The Giant Claw (1957)
Invasion of the Saucer Men (1957)
The Amazing Colossal Man (1957)
War of the Colossal Beast (1958)
Fiend Without a Face (1958)
The Blob (1958)
The Trollenberg Terror (1958)
The Hideous Sun Demon (1959)
The Angry Red Planet (1960)
Reptilicus (1961)
Konga (1961)
Journey to the Seventh Planet (1962)
Kingu Kongu tai Gojira (1962)
Voilà, allez plutôt regarder ceux-là en vous épargnant Invasion Earth : The Aliens Are Here, enfin, je dis ça pour vous.
Suite à la lecture d’un article sur une possible découverte du jazz signé par G.T. m’est revenue une anecdote que je vais m’empresser de narrer ici (pour ne pas remettre à demain, n’est-ce pas ama-L).
Elle remonte au temps où je vivais à Vannes, ville que je ne porte pas dans mon coeur (la faute aux Vannetais) mais qui avait au moins le mérite de proposer quelques boutiques qui me permettaient de m’approvisionner en disques (au moins 4, ce qui n’est pas rien pour une ville de cette taille). Deux d’entre elles étaient indépendantes, d’un côté le Lobo Record Shop qui s’appliquait à me ruiner en galettes vinlyques Funk/Reggae/Exotica (...) et de l’autre, une boutique qui faisait un peu d’occasion mais qui valait surtout le détour pour une importante collection de 33rpm de Jazz et dont j’ai oublié le nom.
Sachant cela, je décide un jour de m’y rendre pour converser avec le propriétaire des lieux et lui demander conseil. Jusque là, je m’étais contenté d’entrer, de jouer à la pioche dans les bacs, faire mes emplettes et zou. Naïvement, je lui demande par où commencer pour aborder le Jazz en bon psychotique absolutiste et encyclopédiste fantasmé que je suis. Ce monsieur d’un certain âge face à ma candide jeunesse me répond, tout en vaquant à je ne sais quelle occupation cachée par son comptoir, que s’il faut commencer par quelque chose, c’est le Jazz New-Orleans de Louis Armstrong. Je sens bien qu’il m’a prit un peu de haut, et c’est vrai que je ne devais pas vraiment avoir la gueule à vouloir écouter du Jazz (et oui, il y a des gens pour croire qu’il faut une gueule pour ça). Il a peut-être cru que je venais simplement lui faire perdre son temps et me payer sa tête. C’est mal me connaître, en même temps, vous me direz...
Je lui explique gentiment que j’ai déjà quelques disques à la maison, pas forcément de Louis Armstrong, j’en conviens, mais que pour le coup, je n’avais besoin de lui pour trouver ce nom-là, merci. En ce point mon souvenir de la scène n’est pas exact mais cela me surprendrait beaucoup que dans la formulation de ma requête initiale j’ai omis de mentionner, modestement, la présence d’une culture musicale, la mienne, certes petite, mais qui apprécie tout de même de se faire connaître et là, Louis Armstrong, non mais oh ! J’attendais un peu plus de sa part que de m’évincer à grand coup d’évidence.
Pour l’aider à m’apporter la meilleure réponse possible à mon attente hardie, je lui donne plus de précisions sur les quelques noms que l’on trouvait (et trouve toujours) dans ma discothèque et que j’affectionne tout particulièrement, Charles Mingus, John Coltrane, Archie Shepp, genre.
Là-dessus, sans me prêter beaucoup plus d’attention, il rétorque, cuistre, que c’est intéressant de vouloir s’intéresser et découvrir le Jazz en commençant par ceux qui l’ont tué. Ni plus, ni moins. Emballé, c’est pesé. Non mais franchement ! Ahurissant, n’est-il pas ? Et là, je me rends compte que cet homme à qui j’avais prêté une fine connaissance du domaine n’avait qu’Armstrong ou Ellington en tête. Tout au moins de ce qu’il voulait m’en laisser connaître. Charlie Parker ? C’était déjà limite. Le Jazz ne pouvait être sans pupitre, sans Big Band ! Ostraciste ! Diantre, ça m’énerve.
Ce jour-là, j’ai quand même acheté un disque à ce coquin : Let My Children Hear Music de Mingus. Petite revanche.
Qui plus est, je soupçonnais le sinistre de mettre un peu trop d’acétone dans la solution qu’il utilisait pour nettoyer ses vinyles d’occasion pour en avoir quelques uns à la maison qui n’affichent pas une rayure et qui pourtant craquent et sautent une fois sur la platine.
Tout ça pour dire quoi ? Rien, c’était une anecdote.
Pour faire comme les petits camarades arbobo et ama-L, parce que je n’ai vraiment rien d’autre à foutre (en fait, c’est tout le contraire) et aussi pour m’attirer toujours plus de lecteurs, je vais m’essayer à répondre au questionnaire suivant (que ceux qui me connaissent un tant soit peu rigolent, incapable que je suis de faire des choix et éprouvant toutes les difficultés du monde à faire des réponses qui en soient vraiment) :
3 chansons qui ont changé ma vie :
C’est marrant mais là, tout de suite, j’ai l’impression de confondre "qui ont changé ma vie" avec "qui m’ont fait chialer ma race"
Goodbye Pork Pie Hat de Charlie Mingus dans sa reprise par Jeff Beck
Peaches In Regalia de Frank Zappa sur Hot Rats
La Bamba de Richie Valens dans sa version originale ou dans la version Los Lobos (que j’ai découvertes en même temps)
Strange Fruit de Billie Holiday
La Suite pour violoncelle n°1 en Sol majeur (un peu au pif, j’espère que c’est bien celle-là) de Johann-Sebastian Bach
Johnny B. Goode par Marty McFly with the Starlighters que j’ai failli oublier, damned !
Certes, ça fait plus de trois, mais bon...
3 chansons que j’ai honte d’aimer, mais que je connais par coeur quand même et que j’adore chanter quand je m’oublie :
Avec ma mémoire défaillante il y a peu de chansons que je connais par coeur, et pour le coup, celles dont je parviens à me souvenir ne sont pas forcément celles que j’ai honte d’aimer. Alors, je réponds quoi ?
Deux ou trois chansons de Goldorak (mais je n’ai pas toujours honte)
Le Papa Pingouin de Sophie et Magaly
I Was Made For Lovin’ You de Kiss
3 groupes ou artistes dont je ne pourrais jamais me lasser, même quand je serais un vieux croûton tout ridé :
Einstürzende Neubauten
Johann-Sebastian Bach
Dominique A
Frank Zappa
John Coltrane
Oui, encore plus de trois, mais c’est dur votre truc-là.
Le groupe/chanteur/chanteuse qui me rend gaga, fan de, bref complètement ridicule et pas vraiment malgré moi.
Dominique A dès qu’on me laisse en dire plus de trois mots.
La chanson que j’aurais voulu avoir écrite, composée et éventuellement jouée devant un stade en délire :
mmm... nous avons là presque deux questions en une...
Une chanson des Stooges pourrait peut-être répondre aux deux d’un coup, disons T.V. Eye ou Dirt.
Le groupe que je ne pourrais jamais cesser d’aimer, même si maintenant c’est de la daube, qu’il s’est vendu aux majors et qu’on lui a collé un styliste fou pour le relooker :
The Stooges, je ne me lasse pas de Funhouse alors que le dernier album fait un peu mal au cul.
Le groupe dont je fais partie, dans mes rêves les plus fous :
Les Bad Seeds de Nick Cave
Le groupe dont j’aurais voulu provoquer le split, et pas que dans mes rêves les plus fous :
Diantre que la liste est longue ! Allez, le premier qui me passe en tête, U2 !
Le chanteur/ la chanteuse dont j’aurais voulu, si j’avais été un psychopathe, voler la vie, les amis et la carrière :
Je fais valoir mon droit de réserve : je suis un psychopathe, je ne peux pas écouter un album que je trouve bon sans imaginer que j’en joue tous les instruments, dont j’aurai composé toutes les parties, que j’en suis le génial producteur etc. Bref, je me vois à tous les postes sauf pour les parties chant des filles et c’est peut-être pour ça que j’aime tant les voix féminines, ça doit me reposer l’ego de les écouter.
Le groupe/chanteur/chanteuse dont j’attends de pied ferme la nouvelle production :
Einstürzende Neubauten vient tout juste de sortir un album et je n’ai pas encore eu le temps de m’en plâtrer les oreilles : disqualifié.
Le prochain album studio de Dominique A !
Ou le mien (arf arf).
Du dernier album en date de PJ Harvey je ne savais pas grand chose avant de l’écouter, simplement qu’il y serait plus affaire de piano que de guitare.
La première écoute de White Chalk a dû être mitigée, pour cause d’absence de grosse claque. Et quelque part c’est normal, tout ici est calme, disons plus calme que d’habitude. Pas de riff éructant, pas de guitare écorchée, l’écorchure se trouve ailleurs et je devine que PJ a souhaité continuer à gratter en elle plutôt que sur une guitare saturée.
Pour me faire une meilleure idée j’ai bien sûr ré-écouté cet album, encore et encore à tel point que c’est le disque que j’écoute le plus en ce moment, bien que je sois toujours incapable en cet instant de dire tout le bien ou tout le mal que j’en pense. Enfin, s’il m’était vraiment désagréable, il resterait dans son coin sans que je cherche à creuser. Je n’arrive tout simplement pas à le cerner et c’est intéressant. Cela vient en partie du côté éthéré de ses chansons et de la voix de PJ (idée que l’on retrouve dans l’ambiance de la pochette). Et en partie du fait que, un peu dans le même esprit, certaines chansons s’achèvent parfois un peu tôt, mais cela laisse plutôt un goût de reviens-y que d’inachevé. En fait, elles n’ont que l’air de s’achever trop tôt, car c’est finement joué, PJ reste dans la concision de ce qu’elle a à dire et à transmettre et s’évite de tomber dans la longueur poussive que l’on entend bien trop souvent dès que certains artistes ralentissent le tempo.
Une chose dont je peux d’ores et déjà dire que je l’apprécie, c’est la mise en place des morceaux et leur construction. Pas de fioriture certes, mais de l’élégance et de l’intelligence. Et ça commence dès The Devil, premier titre de cet album que je trouve être par ailleurs une excellente entrée en matière. Quelque part, on pourrait penser que le squelette de chaque morceau nous est présenté avant l’arrivée des ensembles qui l’habillent, qu’ils soient rythmiques ou autres. Râh, toute la subtilité de la mise en place, au hasard, de Silence et tout ce qui s’en suit tout au long du morceau avant de finir sans finir... Bref, PJ nous présente ses chansons comme nues puis les étoffe, les ornemente, les tend, les tord et nous avec.
Voici donc le moment de dire que les arrangements sur cet album ne sont ni anodins, ni plats et purement décoratifs. Encore une fois, nous sommes dans le registre de la subtilité, de la parcimonie. Ils sont la chair de ces chansons, grâce auquels elles prennent corps, et la voix de Polly Jean, dans son éther ou au contraire d’une proximité palpable (Before Departure) remplit le tout de son âme. Les arrangements et la production de White Chalk ne semblent pas figés, on sent l’aléatoire poindre et la vie qui va avec, on croit entendre ici ou là, le bruit d’un tabouret ou d’une pédale de piano et qu’est-ce que c’est bien ! Car ça crée à la fois une proximité avec l’auditeur, ces petits bruits, et ça contribue à l’univers fantasmagorique et à l’atmosphère fantomatique de l’album (en l’écoutant, je suis persuadé qu’il a été enregistré à l’automne ou en hiver dans une vieille bâtisse anglaise, isolée, un rien hantée, au bord d’une falaise brumeuse).
En fait, c’est étrange parce qu’après ça j’aurai bien du mal à vous convaincre que je n’aime pas ce disque et ça serait idiot parce que ce n’est pas vrai, mais je l’apprécie peut-être plus dans le détail que dans son ensemble. Et ce n’est pas vraiment ça non plus ! Bon... écoutez-le, faites-vous une idée par vous-même, ça vaudra mieux. Na ! Et si vous n’êtes pas assez grand pour ça, vous pouvez aussi lire ce qu’en pense arbobo.
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