27 déc 2006

Le festin nu

Category: Kultur,écran(s)L'arpenteur K. @ 11:40

Le Festin Nu de David Cronenberg (1991) d’après le roman de William S. Burroughs

L'affiche du film

L'affiche du film

Je tenais à revoir le Festin nu parce que j’en gardais un bon mais lointain souvenir, que David Cronenberg est un de mes réalisateurs favoris et qu’il est toujours intéressant de revoir l’un de ses films.

Entre le moment où j’ai placé le DVD dans le lecteur et celui où j’ai lancé la lecture du film, j’ai pris le temps de comparer le cinéma du Canadien avec celui de David Lynch que j’affectionne tout particulièrement itou. Je les trouve assez proches : ce sont tous les deux de véritables cinéastes et pas simplement des faiseurs, qui produisent un cinéma d’auteur, qui ont un univers propre et marqué, sombre et traumatique et qui flirte avec l’irrationnel. Un irrationnel peut-être plus ésotérique chez Lynch et fantastique chez Cronenberg. Il y a aussi de l’obsession et une récurrence chez chacun d’entre eux.

Mais si je devais placer Cronenberg et Lynch chacun d’un côté d’une barrière, c’est un thermomètre qui en ferait office, Lynch du côté chaud et Cronenberg de celui du froid. Ce postulat est peut-être erroné, mais c’est essentiellement leur façon de traiter leurs personnages et leurs émotions qui m’aiguille en ce sens. Lynch nous place beaucoup plus volontiers au plus près de ses personnages, nous obligeant ainsi à une certaine empathie, Cronenberg nous montre avec plus de distance et de recul et une opportunité de calcul supérieure1.

Cronenberg nous parle pourtant beaucoup de corps et du corps, mais quand il filme celui-ci, il est toujours malade, chirurgical, infecté, à la limite de l’hypothermie.

Non, je ne suis pas sûr du tout de ce que j’avance, il faudrait pour cela que je visionne à nouveau les films de chacun, mais voilà ce à quoi je réfléchissais devant le menu minimal du DVD du Festin Nu.

Et en quoi n’aurais-je pas le droit de penser le cinéma de Cronenberg plus froid que celui de Lynch, d’abord ? Au pire, ça se discute. Non, au pire, ça ne se discute pas et je me plante complètement, en ce cas, merci de ne point me laisser dans l’erreur.

Enfin… Revenons au Festin Nu, sujet initial de ce d’ores et déjà long billet. C’est un film sobre malgré toutes les substances que peuvent s’offrir certains protagonistes et le délire qui constitue son propos, où l’on pourrait presque compter les mouvements de caméra sur les doigts des deux mains. Et cette sobriété de la réalisation est une excellente chose, elle n’interfère pas, ne complique pas une histoire qui ne l’aurait sans doute pas supporté.

Je ne peux malheureusement pas aborder le sujet de la qualité de l’adaptation n’ayant jamais lu le livre (réputé inadaptable) ou plutôt n’étant jamais parvenu à le pénétrer réellement et pour en avoir ainsi abandonné la lecture au bout de quelques dizaines de pages. Mais j’y reviendrai un jour.
Ceci dit, quelques détails du film permettent d’assez bien décrypter l’univers et le propos de Burroughs, du moins, c’est comme cela que je le perçois. Cronenberg nous dit par exemple que la machine à écrire de Burroughs est la drogue. Ce n’est peut-être que son propre point de vue, même si je pense que c’est également le discours de Burroughs. Oui, c’est vrai que mon exposé de ce fait est un peu simpliste, soit. Il y a donc de temps à autre de petits éclaircissements de ce genre qui recadrent un tantinet le personnage et son délire.

Plus formellement, certains détails sont assez plaisants au spectateur que je suis, qui apprécie l’auto-référence et la cohérence de certains réalisateurs (ou auteurs ou musiciens etc). Comme l’atelier de fabrication de la viande noire qui n’est pas très éloigné de ce que sera l’atelier de fabrication des pods dans eXistenZ ou la présence de Ian Holm qui est un acteur du complot dans ces deux films. Autre détail d’importance selon moi, la présence de Peter Weller, qui incarne très bien son personnage (et son auteur) et que l’on a pu voir, quelques années avant le Festin nu, « incarcéré » dans l’armure du super-flic RoboCop. Quand on sait l’obsession de Cronenberg pour la transformation de l’être dans sa « dualité » avec la machine, c’est superbement raccord.

Enfin (bis)… il y a énormément de choses à dire de cet excellent film et j’ai laissé passer un peu trop de temps entre le moment où je l’ai revu, commencé la rédaction de ce billet et celui où j’écris les présentes lignes, et que j’en perdu bon nombre en route. Mais ce n’est peut-être qu’un moindre mal pour vous.

Au fait, j’espère pour vous que vous ne comptiez pas apprendre à la lecture de ce billet de quoi parle le Festin nu ?

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