Du dernier album en date de PJ Harvey je ne savais pas grand chose avant de l’écouter, simplement qu’il y serait plus affaire de piano que de guitare.
La première écoute de White Chalk a dû être mitigée, pour cause d’absence de grosse claque. Et quelque part c’est normal, tout ici est calme, disons plus calme que d’habitude. Pas de riff éructant, pas de guitare écorchée, l’écorchure se trouve ailleurs et je devine que PJ a souhaité continuer à gratter en elle plutôt que sur une guitare saturée.
Pour me faire une meilleure idée j’ai bien sûr ré-écouté cet album, encore et encore à tel point que c’est le disque que j’écoute le plus en ce moment, bien que je sois toujours incapable en cet instant de dire tout le bien ou tout le mal que j’en pense. Enfin, s’il m’était vraiment désagréable, il resterait dans son coin sans que je cherche à creuser. Je n’arrive tout simplement pas à le cerner et c’est intéressant. Cela vient en partie du côté éthéré de ses chansons et de la voix de PJ (idée que l’on retrouve dans l’ambiance de la pochette). Et en partie du fait que, un peu dans le même esprit, certaines chansons s’achèvent parfois un peu tôt, mais cela laisse plutôt un goût de reviens-y que d’inachevé. En fait, elles n’ont que l’air de s’achever trop tôt, car c’est finement joué, PJ reste dans la concision de ce qu’elle a à dire et à transmettre et s’évite de tomber dans la longueur poussive que l’on entend bien trop souvent dès que certains artistes ralentissent le tempo.
Une chose dont je peux d’ores et déjà dire que je l’apprécie, c’est la mise en place des morceaux et leur construction. Pas de fioriture certes, mais de l’élégance et de l’intelligence. Et ça commence dès The Devil, premier titre de cet album que je trouve être par ailleurs une excellente entrée en matière. Quelque part, on pourrait penser que le squelette de chaque morceau nous est présenté avant l’arrivée des ensembles qui l’habillent, qu’ils soient rythmiques ou autres. Râh, toute la subtilité de la mise en place, au hasard, de Silence et tout ce qui s’en suit tout au long du morceau avant de finir sans finir… Bref, PJ nous présente ses chansons comme nues puis les étoffe, les ornemente, les tend, les tord et nous avec.
Voici donc le moment de dire que les arrangements sur cet album ne sont ni anodins, ni plats et purement décoratifs. Encore une fois, nous sommes dans le registre de la subtilité, de la parcimonie. Ils sont la chair de ces chansons, grâce auquels elles prennent corps, et la voix de Polly Jean, dans son éther ou au contraire d’une proximité palpable (Before Departure) remplit le tout de son âme. Les arrangements et la production de White Chalk ne semblent pas figés, on sent l’aléatoire poindre et la vie qui va avec, on croit entendre ici ou là, le bruit d’un tabouret ou d’une pédale de piano et qu’est-ce que c’est bien ! Car ça crée à la fois une proximité avec l’auditeur, ces petits bruits, et ça contribue à l’univers fantasmagorique et à l’atmosphère fantomatique de l’album (en l’écoutant, je suis persuadé qu’il a été enregistré à l’automne ou en hiver dans une vieille bâtisse anglaise, isolée, un rien hantée, au bord d’une falaise brumeuse).
En fait, c’est étrange parce qu’après ça j’aurai bien du mal à vous convaincre que je n’aime pas ce disque et ça serait idiot parce que ce n’est pas vrai, mais je l’apprécie peut-être plus dans le détail que dans son ensemble. Et ce n’est pas vraiment ça non plus ! Bon… écoutez-le, faites-vous une idée par vous-même, ça vaudra mieux. Na ! Et si vous n’êtes pas assez grand pour ça, vous pouvez aussi lire ce qu’en pense arbobo.

