Je ne suis pas très porté sur la musique de Marvin Gaye. J’ai essayé à plusieurs reprises mais en dehors de la BO de Trouble Man, point de salut. Trop smooth, trop « mmm », trop lova lova, trop suave, un côté chanteur de charme, chanteur pour dames, bref, j’ai l’impression qu’il n’a de cesse, à longueur de chansons, de me faire part de son irrépressible envie de me faire l’amour toute la nuit, sans jamais se rendre compte qu’il se trompe énormément à mon sujet. Entendu comme ça, je vous jure qu’au bout de deux morceaux, c’est déjà très lourd et généralement, je ne vais pas au-delà. Tout ceci est certainement très caricatural et réducteur et j’imagine tout à faire foutre en rogne les fans et amateurs du Prince de la Motown lisant ces lignes. Ce n’est pas le but et il ne faut pas prendre ça pour un jugement de valeur. J’ai personnellement beaucoup de mal, c’est tout.
Ceci dit et malgré cela, Marvin m’a offert une belle surprise aujourd’hui, d’un genre autre que celle de la découverte de Trouble Man.
Il vous faut maintenant connaître l’une de mes activités préférées et qui consiste à mettre un disque dans la platine, ou tout appareil permettant la diffusion de musique, et une guitare sur mes genoux afin d’en jouer « par-dessus » la musique. Bien souvent au désespoir de Madame, surtout quand c’est elle qui choisit et met le disque d’ailleurs. Je conçois très bien que l’on préfère écouter la musique dont on a envie sans qu’elle soit systématiquement accompagnée des « kling-kling » d’une guitare électrique non branchée. Ou des « klang-klang-kerrang » de la même guitare cette fois amplifiée. Mais c’est plus fort que moi.
Marvin ? Ah oui !
Cet après-midi, j’avais des envies de musique cool et après une séance assez conséquente d’exercices guitaristiques rébarbatifs mais que j’apprécie néanmoins, je me suis octroyé une « jam session karaoké » comme indiquée précédemment.
Le premier truc semblant répondre au critère recherché de coolitude et se présentant à mon regard fut le nom, sur la pochette d’Here, My Dear, de Marvin Gaye. Pochette en elle-même plus laide que cool d’ailleurs, jugez plutôt1 :

Je lançai donc la lecture de l’album et commençai à donner du « klang-klang-kerrang » (oui, elle était branchée, vous suivez, c’est bien). Et si d’habitude je peux jouer de façon assez mécanique ou disons instinctive, très rapidement et naturellement, à l’écoute des premières mesures, j’ai opté pour une approche différente. Plus impliquée et pourtant plus retenue, chantant intérieurement les notes que mes doigts allaient ou devaient jouer, j’ai voulu donner plus de sens en quelque sorte à ce qui sortait de ma guitare et du bonhomme. Difficile à décrire… Disons que depuis un petit moment je désire aborder la musique de façon un rien plus spirituel que je n’ai pu le faire ces dernières années, pour je ne sais quelle raison. Peut-être ai-je simplement oublié. Ainsi, j’ai actuellement tendance à voir comme une évidence le lien entre musique et spiritualité. Pourtant la musique peut se faire sans ça, sans cette recherche. On peut tout à fait attendre tout autre chose de la musique que l’on crée ou que l’on joue : pour certains, la musique c’est la recherche de la bière entre potes. Et si parmi ceux-ci, quelques uns placent leur quête de spiritualité dans la bière me demanderez-vous ? Demandez-leur directement, ça vaudra mieux.
Tout ça… pour dire quoi ? Que j’ai pris énormément de plaisir à écouter et à jouer avec Marvin. Même l’état de grâce semblait de la partie, les doigts suivaient, tombaient sur les bonnes cases, toutes les audaces étaient payantes, presque toutes les audaces…
Diantre, il est déjà bien tard, incroyable ce que je peux être long pour rédiger quoi que ce soit. Ce qui me permet cependant de dire qu’il y a dû y avoir un déclic puisque depuis que la rédaction de ce billet a débuté j’écoute vous-devinez-qui, dans la joie et l’allégresse et surtout sans me sentir harcelé sexuellement2.
Ne sachant qu’à peine ce que je suis en train d’écrire, je devine qu’il est temps d’aller dormir. Nous verrons plus tard pour la relecture.

1 mars 2010 23:57
j’ai lu cet article, l’autre nuit, et tu sais, l’association – ou plutôt le rapport – entre musique et spiritualité m’a fait pas mal cogiter depuis.
alors, comme ça va faire bientôt un an que tu as écrit ce billet, je me demande si ta démarche avait porté ses fruits.
2 mars 2010 22:41
@Besmel – Je me disais bien que j’avais oublié quelque chose ! C’est l’inconvénient de bosser toujours tout seul, il n’y a personne pour t’aider au suivi des dossiers, d’autant que ce n’est pas mon fort, je crains donc que le dossier « spiritualité » soit passé à la trappe. Il faut reconnaître que depuis, je n’ai pas beaucoup pratiqué la musique de façon très personnelle.
Sans pouvoir expliquer pourquoi, j’ai un peu de mal à te répondre, ne serait-ce qu’à me concentrer. Bref.
La spiritualité en musique, je la mets du côté des vibrations, ce que la musique est physiquement, par ailleurs, un ensemble d’ondes, alors disons que je la mets du côté des vibrations conscientes ou en conscience. C’est pompeux et ça ne veut pas dire grand chose. La panade !
John Coltrane disait qu’il essayait de ressentir ce dont les gens dans l’audience avaient besoin pour leur offrir et les combler, il y a quelque chose de ça quand je parle de spiritualité.
Si tu voulais bien me faire part du résultat de tes cogitations, Ici ou par mail, de ce que ça interpelle chez toi, je le lirai avec plaisir et curiosité, ça m’intéresse fortement.
3 mars 2010 13:03
rassure-toi, tu a été très clair et cette idée de « vibrations consciente » est parlante, je trouve.
quant à mes cogitations, elles n’avaient pas abouties, principalement parce qu’elles se fondaient sur un postulat de départ erroné. j’envisageais la spiritualité seulement comme une quête de sens personnelle, et du coup, la démarche qui en découlait devait nécessairement être solitaire. or, cette définition de la spiritualité était trop restrictive à plein d’égards, la citation de Coltrane est là pour le prouver.
en tous les cas, merci pour ta réponse et pour ton article aussi qui m’a donné envie d’apprendre la trompette et de faire des Pouah-Pouah (à défaut de Kling-Kling) sur mes albums préférés d’Al Green ; )