Fragment Thalia
Il est pour l’homme deux états idéaux : l’extrême simplicité où, par le seul fait de l’organisation naturelle, sans que nous y soyons pour rien, nos besoins se trouvent en accord avec eux-mêmes, avec nos forces et l’ensemble de nos relations; et l’extrême culture, où le même résultat est atteint, les besoins et les forces étant infiniment plus grands et plus complexes, grâce à l’organisation que nous sommes en mesure de nous donner. L’orbite excentrique que l’homme (l’espèce aussi bien que l’individu) parcourt d’un point à l’autre, c’est-à-dire de la simplicité plus ou moins pure à la culture plus ou moins accomplie, paraît être toujours identique à elle-même, du moins dans ses directions essentielles.
Les lettres, dont ce qui suit n’est qu’un extrait, se proposent de décrire quelques-unes de ses directions , ainsi que les corrections dont elles sont susceptibles.
Le rêve de l’homme est d’être à la fois en tout et au-dessus de tout, et la sentence que l’on peut lire sur la tombe de Loyola : « Non coerceri maximo, contineri tamen a minimo », peut aussi bien définir ce dangereux penchant à tout convoiter et à tout dominer que le plus haut et bel état que l’homme puisse atteindre. Laquelle de ces deux interprétations choisir, c’est à la libre volonté de chacun d’en décider.
De Zante.
Je reviendrai donc dans mon Ionie : c’est en vain que j’ai quitté ma terre natale et cherché la vérité.
Et comment des mots auraient-ils apaisé la soif de mon âme ?
Des mots, j’en trouvai partout; partout des nuages, Héra nulle part.
Je les hais comme la mort, ces misérables compromis de quelque chose et de rien. Devant l’irréel, toute mon âme se hérisse.
Ce qui ne peut m’être tout, pour l’éternité, ne m’est rien.
Vous venez de lire les premières lignes d’Hypérion d’Hölderlin, ou plus exactement du Fragment Thalia qui en est l’ébauche et qui ouvre l’édition actuelle d’Hypérion. Ces quelques lignes sont ici reproduites à l’attention du camarade Besmel : camarade, voici donc l’un des ces fameux bouquins de langue allemande dont je t’ai rabattu les oreilles. Privilégier la traduction de Philippe Jaccottet.
Ah ! Merci pour cette mise en bouche !
T’as bien fait de retenir ici Hölderlin puisqu’il m’était complètement sorti de la tête, je ne me rappelais plus que de L’Homme sans qualité de Musli. Et ces quelques lignes me plaisent beaucoup.
D’ailleurs, c’est rigolo, j’ai commencé Kafka et en parcourant les notes, on apprend qu’il a commencé à publié dans la revue münichoise Hypérion. J’imagine que ça devait être un genre de big up à Hölderlin.
Merci encore !
Musli ?! Sacrilège ! ;)
Je ne sais pas si l’Hypérion de Kafka est un big up à la mythologie grecque ou à Hölderlin – voire aux deux – mais c’est un signe, c’est sûr ! Le déterminisme est partout cher ami.
Dans quel Kafka t’es-tu lancé ?
Musil, pardon. où avais-je la tête ? dans le muesli, probablement. saloperie de régime.
Kafka, j’ai commencé par le début, le tome I des récits publiés de son vivant. on y trouve La Métamorphose – que j’ai a-do-ré ! – , Le Verdict, Le Soutier et des textes de jeunesse, mineurs mais néanmoins intéressants parce qu’ils permettent de cerner un peu mieux le gars et ses angoisses : la relation père-fils, le célibat, le fétichisme du mohair…
le tome II, Le Procès et Le Château attendent sagement sur ma table de chevet.
Je n’ai pas relu la Métamorphose depuis bien longtemps. Quant au Verdict, il occupe une place particulière pour l’avoir lu à une époque intensément conflictuelle avec mon propre père.
Je suis ravi que la lecture de Kafka te plaise d’autant que, me semble-t-il, le meilleur reste à venir.