« … Mon ambition n’était pas qu’il me connût ou m’estimât, mais bien d’apprendre quelque chose de lui ; c’est-à-dire de me laisser conduire par lui jusqu’à moi-même. Où, sinon, aurait-il dû me conduire ? Aucun disciple ne reçoit de l’extérieur ce qu’il ne porte déjà de toute manière en lui, fût-ce de façon latente, dans son inconscient. Tandis qu’il croit imiter son maître, ce sont ses propres forces qu’il reconnaît et développe. Gide, qui s’est beaucoup intéressé au problème de l’influence, le sait mieux que personne. Voici ce qu’il écrivait :
« Il est bien téméraire d’affirmer que l’on aurait pensé de même sans avoir lu tels auteurs qui paraîtront avoir été vos initiateurs. Pourtant il me semble que, n’eussé-je connu ni Dostoïevski, ni Nietzsche, ni Freud, ni X ou Z, j’aurais pensé tout de même et que je n’ai trouvé chez eux plutôt une autorisation qu’éveil. Surtout, ils m’ont appris à ne plus douter de moi-même, à ne pas avoir peur de ma pensée et à me laisser mener par elle, puisqu’aussi bien, je les y retrouvais. »
in Le Tournant – Klaus Mann
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«Éléonore, beaucoup trop habituée à cette fatale irritation du coeur qui nous prive de tout autre sentiment, s’étonnait qu’un être si distrait, si froid, puisse supporter son immobile existence. Sa tante se levait tous les jours à la même heure, faisait sa prière à la même heure, recevait à la même heure les pieux amis qui venaient la visiter et dont l’existence était aussi monotone et apathique que la sienne. Les repas étaient réglés ; mais elle priait sans onction, mangeait sans appétit et se mettait au lit sans avoir la moindre incitation au sommeil. Sa vie était purement machinale, mais la machine était si bien montée qu’elle paraissait se rendre compte de ses mouvements et en éprouver une sorte de satisfaction.
Éléonore s’efforça vainement d’imiter cette vie de froide médiocrité. Elle voyait un être inférieur à elle sous tous les rapports, jouir d’une espèce de bonheur, tandis qu’elle-même était malheureuse et s’en étonnait. Hélas ! elle ne savait pas que ceux qui sont privés de coeur et d’imagination sont les seuls qui sachent jouir des agréments de la vie. Une indolente et froide médiocrité leur suffit dans leurs occupations comme dans leurs distractions. Le plaisir ne signifie rien d’autre pour eux que d’être exempts de souffrances véritables, et ils n’associent la douleur qu’à l’idée de maux corporels ou calamités extérieures : la source de la douleur ou du plaisir ne se trouve jamais dans leur coeur, tandis que ceux qui sentent profondément l’y cherchent rarement ailleurs. Tant pis pour eux. C’est peut-être le meilleur de la condition humaine que d’être réduit à subvenir aux nécessités de la vie et d’être satisfait lorsqu’on y parvient ; au-delà, tout n’est que rêve de démence, agonie du désespoir. Mieux vaut la sombre mélancolie d’un jour d’hiver, dont la morne tristesse sans jamais diminuer du moins ne s’accroît point et que nous contemplons d’un oeil indifférent qui craint guère les menaces futures, que la glorieuse violence d’un jour d’été où, haletants sous la pourpre et l’or du couchant, nous voyons l’est s’assombrir, les armées du ciel assembler leur tonnerre, et la foudre, peut-être, nous réduire en cendres.»
in Melmoth – Charles R. Maturin
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« C’était un homme geignard, avec une larme qui lui perlait continuellement au bout du nez, qui avait eu des ennuis, ou en avait, ou alors s’attendait à en avoir – il ne pouvait être heureux que si quelque chose allait mal. »
in Jeunesse – Joseph Conrad
Mots-clefs : citation, Joseph Conrad
« Alors comme ça j’étais bien une sorte de taré ? Je me fourrais effectivement moi-même dans des guêpiers pareils ? C’était bien possible. Possible que je sois un demeuré, que je sois verni d’être seulement en vie. »
in Le Postier, Charles Bukowski
Mots-clefs : Bukowski, citation
« Les usages du monde, confondus avec le maintien de son ordre, ne faisaient peut-être qu’anesthésier le sens du mal. »
in Les Belles endormies - Yasunari Kawabata
Mots-clefs : citation, Kawabata
« Tu vas avoir besoin de ça. »
Elle a brusquement sorti mon calibre 22 de sous son manteau et l’a tendu par la vitre ouverte de la Porsche. « Il y a une chose terrible dans la cour. »
« Quoi ? »
« Dieu seul le sait. »
Je ne voulais pas de ce sacré revolver. J’ai refusé de le prendre. Elle a tapé du pied.
« Prends-le Henry ! Il te sauvera peut-être la vie. »
Elle l’a brandi sous mon nez.
« Merde, qu’y a-t-il ? »
« Je crois que c’est un ours. »
« Où ? »
« Sur la pelouse. Sous la fenêtre de la cuisine. »
« C’est peut-être un des gosses ? »
« Avec de la fourrure ? »
« Quel genre de fourrure ? »
« De la fourrure d’ours. »
« Il est peut-être mort. »
« Ça respire. »
J’ai essayé de repousser le revolver vers elle.
« Écoute, j’ai pas la moindre envie de descendre un ours endormi avec un calibre 22 ! Je vais me contenter de le réveiller. Et d’appeler le shérif. »
Mon chien stupide – John Fante
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« L’art du critique est in nuce : forger des slogans sans trahir les idées. Les slogans d’une critique insuffisante bradent l’idée au profit de la mode. »
Walter Benjamin – Sens unique, lu dans Lipstrick Traces de Greil Marcus
Mots-clefs : citation, critique, Greil Marcus, Walter Benjamin
« Comme on est puéril quand on a peur ! Il n’y a pire conduite que celle qui naît de la méfiance et de l’ignorance. »
« Être sauvage, c’est toujours être à moitié fou. »
L‘institut Benjamenta – Robert Walser
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« Toutefois, l’été qui devait tout métamorphoser approchait chaque jour. Quand les garçons et les filles grandissent, la vie ne peut pas être immobile, même pas dans la plus tranquille des petites villes de province ; garçons et filles doivent grandir, qu’ils le veuillent ou non. Et c’est ce que leurs aînés oublient sans arrêt. »
in Mon Antonia – Willa Cather
Pour les plus anglophones d’entre vous, vous pouvez télécharger le texte intégral en anglais de My Antonia.
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qui perd son bras,
son oeil au combat…
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